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https://www.revolutionpermanente.fr/Pedro-Castillo-remporte-les-elections-au-Perou-sur-fond-de-crise-politique-historique

 

Pedro Castillo remporte les élections au Pérou sur fond de crise politique historique

La crise politique que traverse le Pérou depuis plusieurs années s'est soldée par une campagne présidentielle extrêmement polarisée avec près de dix huit candidats. Face à Keiko Fujimori, la fille de l'ancien dictateur Alberto Fujimori, le candidat de gauche Pedro Castillo remporte la victoire.

Les résultats préliminaires des élections présidentielles du Dimanche 6 Juin 2021 pour désigner le futur président du Pérou, annoncent la victoire du parti Peru Libre représenté par Pedro Castillo face au parti de droite de la Force Populaire de Keiko Fujimori.

La situation politique catastrophique du pays allié à une crise sanitaire profonde a propulsé un candidat de gauche et indépendant du fujimorisme à la tête du pays. Pedro Castillo, syndicaliste enseignant qui se revendique d’un programme populaire, gagne les élections présidentielles dans un pays qui a hérité de la polarisation politique liée à la dictature d’Alberto Fujimori.

La crise politique du pays s’explique aussi en grande partie par l’arc politique hérité de la dictature d’Alberto Fujimori. De celle ci a aussi été héritée une profonde corruption dela caste politique traditionnelle.

Comme l’a déclaré l’ancien procureur Avelino Guillen, « cet héritage qu'Alberto Fujimori a laissé au Pérou est de l’avoir placé dans le monde comme l’un des pays les plus corrompus ». Mais ce modèle s’est reproduit parmi l’élite au pouvoir, la direction politique jusqu’à nos jours.

Les scandales entre capitalistes et politiciens révèlent le cynisme avec lequel ils ont agi. Ainsi, en 2016, la société brésilienne Odebrecht a admis qu’environ vingt cinq millions d’euros avaient été versés pour remporter des concours d’appels d’offres impliquant les gouvernements d’Alan Garcia, d'Alejandro Toledo, d'Ollanta Humala, de Pablo Kuzcynski et de Keiko Fujimori elle-même. Cette dernière risque une peine de trente ans de prison pour des délits de corruption du fait d’avoir touché un million deux cent mille euros versés par l’entreprise brésilienne en 2011.

Mais la crise sociale au Pérou est le résultat des cinq dernières années lorsque la dispute pour le pouvoir a mis au jour des cas de corruption entre les membres du congrès et les présidents. Deux des quatre anciens présidents que le Pérou a eu entre 2016 et 2020 sont en procès, Pablo Kuczinsky et Ollanta Humala, tandis qu'Alejandro Toledo profite à San Francisco, aux Etats-Unis, de près de trente cinq millions d’euros qu’il a obtenus de l’entreprise brésilienne.

La lutte des classes est visible en 2020 dans ce pays lorsque le congrès décide de substituer le président de l’époque, Martin Vizcarra, lui aussi confronté à des accusations de corruption. Les manifestations sont présentes lorsque les mesures antidémocratiques mettent au pouvoir l’homme d’affaires Manuel Merino, à quelques mois des élections présidentielles. Le résultat de ces manifestations fait plusieurs morts, des centaines de disparus et environ deux cent blessés. Le Coordonnateur National des Droits de l'Homme (CNDH) a dénoncé un coup d'état législatif et il a souligné que ce fait a laissé le pays « dans une situation d’incertitude, alors que nous faisons face à la plus grande crise sanitaire, économique et sociale ».

Le coronavirus a révélé de nombreuses contradictions dans un pays où les réformes néolibérales appliquées par la dictature d'Alberto Fujimori et les gouvernements successifs ont poussé le système de santé à bout de souffle, ce qui a abouti à de nombreuses manifestations en 2020 contre les mesures imposées par le gouvernement.

Sur fond de crise politique et de polarisation, l’élection présidentielle exprime avant tout une première rupture d’un secteur conséquent de la classe ouvrière péruvienne avec le fujimorisme.

Cependant, le programme de Pedro Castillo d’économie populaire avec des marchés, qui encourage la concurrence entre le secteur public et le secteur privé, qui encourage la nationalisation des ressources et qui propose un référendum qui permet de modifier la constitution actuelle, fait face à la contradiction centrale d’un candidat qui tente de clôturer la crise politique du régime sans véritable plan de bataille pour la classe ouvrière et en indépendance de l’impérialisme. En effet, la tentative de Pedro Castillo de modifier la constitution fait déjà face à une contradiction centrale qui est que la majorité de la caste politique présente à l’assemblée nationale, par laquelle celui ci veut passer pour modifier la constitution, s’oppose à ce projet. Du fait qu’il ne s’appuie pas sur la combativité de la classe ouvrière péruvienne et des classes populaires, allant même jusqu’à les appeler au calme au moment de doutes concernant la bonne tenue du scrutin électoral, Pedro Castillo ouvre une brèche pour une partie de la population péruvienne qui souhaite un véritable changement dans le pays tout en ayant rompu avec la direction fujimoriste.

De plus, celui ci rejoint la candidate réactionnaire Keiko Fujimori, notamment concernant son programme d’opposition au droit à l’avortement, demande historique du mouvement féministe péruvien où la vague verte née en Argentine s’est aussi exprimée avec force. Son opposition au mariage pour tous et à l’avortement légal rappellent les raisons pour lesquelles il est essentiel de s’organiser de façon indépendante de l'église catholique et des secteurs réactionnaires de la classe politique péruvienne.

Loin d’un processus électoral démocratique et de projets qui visent à favoriser les intérêts de la population, cet événement était le résultat d’une campagne qui cherchait à semer la peur dans la population.

Keiko Fujimori a basé sa campagne sur l’anticommunisme. Dans une interview, elle a souligné que le Pérou devrait éviter l’installation d’un modèle communiste et expropriateur pour éviter de devenir le Venezuela et un retour aux années de violence et de guerre.

L’élection de Pedro Castillo exprime qu’une brèche s’est ouverte dans la classe ouvrière péruvienne et dans ces aspirations démocratiques contre l’héritage des Fujimori et de la caste politique corrompue et aliénée aux intérêts des impérialistes dans la région. Cependant, seul un programme d’indépendance des impérialistes, de l'église et des institutions, peut ouvrir la voie à l’auto organisation de la classe ouvrière et des classes populaires pour en finir avec l’héritage fujimoriste, afin de poser la perspective d’une véritable assemblée constituante libre et souveraine.

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